Poupées-portraits du Tout Paris
Arlequinade de Paul Poiret
À la sortie de la guerre, Paul Poiret lui fait confiance le premier avec une commande de deux mille francs pour des poupées-portraits que bientôt le Tout-Paris s’arrache. Marie Vassilieff fait feu de tout bois : rhodoïd, cuir, noix de coco, boutons de chemise, textile. « Entre ses mains, un bouton rouge devient œil d’autruche, une frange effilochée se transforme en plumage », écrit Albert Dreyfus en 1926, avant d’ajouter : « Qui avec du papier compressé est capable de révéler l’essence de l’être humain, celle-là est une authentique artiste. » Sa notoriété explose lorsqu’un jeune homme, ayant insisté pour acheter la poupée de Picasso chez Poiret, est retrouvé le lendemain suicidé, la poupée entre les mains.

Turent imoluptatus dolupic te atis
Le New York Tribune consacre en avril 1922 un article entier à ces poupées : « Landru, un physicien américain, un millionnaire argentin, Madame Pierrot, Matisse regardant d’un air solennel à travers ses lunettes et Picasso avec les yeux perçants du génie tirant sur sa pipe. » Jean Laverdet accuse dans Le Petit Parisien : « Poupées ? On dirait plutôt d’atroces idoles. L’art barbare qui les créa rejoint dans l’espace et dans le temps Carthage et Byzance, Kotonou, Java et Tombouctou. » Vassilieff revendique : « Je les estime être de la sculpture véritable d’avant-garde. J’imite le marbre, l’ivoire, l’argent, l’or et le bronze. » Au Salon d’Automne 1922, le comité de sélection refuse pourtant de les admettre en section sculpture. Le photographe Pierre Delbo les immortalise et ses tirages sont réunis en albums de luxe, diffusés à partir de 1927 par des galeries françaises et londoniennes.
Turent imoluptatus dolupic te atis
En 1923, Marie Vassilieff dessine le flacon du parfum Arlequinade pour la maison Rosine de Paul Poiret. La figure d’Arlequin l’accompagne toutes ces années : au Bal banal de 1924, dans ses envois aux salons, dont cinq Arlequins sur six envois au Salon de l’Araignée.
À l’Exposition des Arts Décoratifs de 1925, elle investit cent mille francs dans un mobilier cubiste en laque dorée qui est un succès public mais un four commercial, contrairement à ses animaux fantastiques de l’exposition de 1937 que Florent Fels décrit comme des « petits êtres qui prennent place dans la vie de ceux qui les accueillent — toute une faune de petits fantômes qu’une âme pure et artiste anima. »
